Où j’en suis ? Nulle part. C’était exactement comme ça que j’aurai pu décrire mon état d’esprit le 31 décembre : “J’en suis nulle part après cette année 2020”.

J’avais envie d’éviter les bilans de fin d’année et les résolutions de la nouvelle. J’ai donc passé le 1er janvier dans un flou artistique voulu. Fatiguée des gens, épuisée de la sociabilité, et encore un peu malade du Covid. Je vais vous faire une confidence, j’ai toujours détesté le 31 décembre.

Mais ce n’est pas le sujet de ce billet. Là, je vais vous parler de ce que j’ai lu, refusé de lire et aussi de féminisme.  

En termes de lecture, c’était plutôt mal parti. Je suis une très mauvaise élève : j’ai un profil sur Goodreads qui fait pâle figure, je n’actualise jamais rien et ma pile à lire fait clairement le poids de plusieurs rhinocéros et la hauteur d’une girafe. En plus de ça, je suis très bon public en matière de lecture. Mes critiques pourraient se résumer à « c’était sympa », « je recommande », « on ne voit pas le temps passer ». Bref, rien de bien très construit.

En tant que mauvaise élève, j’ai donc passé le 1er confinement à faire tout sauf lire. J’ai découvert des coloriages, j’ai joué à Animal Crossing, j’ai commencé et fini des séries sur toutes les plateformes disponibles et j’ai œuvré assidûment aux partages de meme en tout genre. Je mériterai même le titre honorifique de « Royale Partageuse de memes de qualité ».

Depuis tous ces mois, je n’ai certes pas de boulot stable, mais j’ai au moins une galerie photo remplie de choses drôles. Et de photos de chats.

Au moment du déconfinement, pour une raison tout à fait inconnue, j’ai repris goût à la lecture. Histoire de faire les choses en grand, je suis retournée à la bibliothèque, j’ai emprunté des kilos de romans (mon dos s’en souvient). Le goût de la demi-mesure n’est clairement pas ce qui me caractérise.

Avec septembre, la rentrée littéraire est arrivée, avec son lot de recommandations sur Instagram, Twitter et la librairie du quartier où j’ai pris l’habitude d’aller beaucoup trop souvent (fun fact: je n’ai plus eu besoin de donner mon nom quand je viens chercher mes commandes…).

Pourtant je n’ai lu aucun livre de cette rentrée littéraire.

J’ai offert le dernier Nothomb et le dernier Camilleri, j’ai flâné et hésité devant Histoire de la fatigue de Vigarello, je me suis arrêtée devant beaucoup de romans graphiques (clairement hors de mon budget, Carbone & Silicium, L’âge d’or, Peau d’homme pour n’en citer que quelques-uns), j’ai pris puis reposé Betty et Chavirer, peu convaincue par lire des bouquins “difficiles”. 

Je n’avais pas la tête à lire quoi que ce soit de dur. A la place, j’ai lu essentiellement des romans policiers. Chattam, Thilliez, Minier, Norek, Carrisi pour citer ceux qui m’ont fait faire des nuits blanches. 

Presque aucune femme. Si ce n’est Jeanne-A Debats, mais je vous en reparlerai sûrement plus tard.

Suis-je donc digne de finir au pilori pour n’avoir fait intervenir presque aucune femme dans mes livres de chevet ? 

Pourtant, je ne regrette pas. Ce n’était pas encore le bon moment.

J’en parlais récemment avec des proches. Je n’arrive pas à lire ces récits d’existences brisées, de destins de femmes qui ont souffert, qui se sont battues alors qu’elles elles étaient au sol. Au tout début de 2020, pourtant j’avais lu Le Consentement de Vanessa Springora. Honnêtement, j’ai mis des semaines à digérer ce livre. Il m’a fallu le reposer plusieurs fois avant d’arriver au bout. 

Alors, je suis peut-être une mauvaise féministe mais je préfère lire un bouquin pour sa capacité à m’emmener ailleurs plutôt que parce qu’il a été écrit par une femme.

Est-ce que je devrais me forcer ? 

Je ne pense pas. 

La lecture devrait rester un plaisir. Et non une contrainte. Ni même une injonction sociale. On peut ne pas aimer lire. Et certaines personnes ont du mal à lire pour plein de raisons, les juger reste et restera indécent…

Il y a une forme de pression à oser rentrer dans une librairie. Pour la petite anecdote, il y a plusieurs librairies dans la ville où j’habite. Et j’ai pourtant du mal à m’y sentir à l’aise.  Seules deux échappent à cette sensation, l’une où l’anonymat est plus facile, l’autre qui est la librairie de quartier où les libraires sont accessibles et bienveillants. 

(Images extraites de Men to Avoid in Art and Life de Nicole Tersigni)

Mais puisque j’étais venue vous parler de lecture et de féminisme, cela me mène à l’une des dernières lectures que j’ai faite. 

A force d’en entendre parler, j’ai acheté sur un coup de tête, Moi les hommes je les déteste de Pauline Harmange. Un cadeau de Noël de moi à moi. Religieusement, je suis descendue à pied à la librairie et j’y ai acheté mon ouvrage. Fière de ma trouvaille, j’ai partagé la nouvelle avec mes amies. Celles qui comprendraient ce besoin que j’avais de me procurer un ouvrage dont certains ont voulu la censure. Il ne m’en fallait d’ailleurs pas plus pour me donner envie de l’acheter.

En une demie-journée, assise sur le tabouret de la cuisine, avec les fidèles chats qui ronronnaient pour me quémander de la nourriture, j’ai enchaîné les pages. A chaque paragraphe, je me disais dans ma tête que je trouvais ce livre incroyable, j’aurai voulu écrire la même chose, je m’y reconnaissais tellement. 

Puis je l’ai refermé et j’avais envie de le faire lire à tout le monde.

Parce qu’au bout d’un an et demi à me questionner sur mon féminisme, il me semblait enfin avoir trouvé une réponse. 

Je n’étais pas et je ne suis pas une mauvaise féministe, ni même une bonne féministe. Déjà parce que le féminisme est un mot bien trop global pour être utilisé à tout bout de champ. Et parce que ce classement sur qui mérite le plus de points sur l’échelle du militantisme est complètement ridicule.

D’autre part parce que je ne suis pas seule à penser qu’en tant que femme, on doit dépasser enfin notre peur et notre syndrome de l’imposteur pour faire quelque chose. J’ai adoré le recours à l’exemple de “l’homme médiocre”, celui qui ose malgré tout alors que l’on se censure dans une conversation si souvent car on ne se sent pas assez légitime sur tel ou tel sujet. 

Je me suis rendue compte aussi de l’importance des autres femmes dans notre vie et combien on a besoin d’être là les unes pour les autres, de s’écouter, de se soutenir et de se croire. 

Parce qu’effectivement, 2020 a été l’année des surprises amicales, bonnes et mauvaises. La distance qui a resserré des liens, la trop grande communication qui en a rompu d’autres. 

Je ne pensais pas qu’à mon âge j’en arriverai à ne plus parler à certaines personnes parce que je ne bois pas d’alcool ou parce que je me suis mise au sport. 

En ce 4 janvier, le point le plus important que je tire de la lecture de ce livre ET de tous ces mois de questionnement sur la vie, l’univers et le reste, c’est simplement qu’il n’y a que nous pour nous donner LE coup de pied dont on a besoin : cette vidéo que tu veux monter, ce podcast que tu veux créer, ce livre que tu veux écrire, FAIS-LE. 

(J’écris aussi ce post pour moi, je l’avoue. Pour que dans plusieurs semaines, si je retombe dessus, je me dise que j’ai tenu parole vis-à-vis de moi-même et de ce que je publie ici).

(Et si vous voulez passer des nuits blanches, promis, j’ai aussi une quantité de romans policiers à vous recommander.)

Un commentaire sur « Je suis sûrement une mauvaise féministe »

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