J’ai beaucoup hésité avant de faire ce post.

Je déteste l’idée de « faire un bon confinement » ou de devoir rentabiliser le confinement pour devenir la « meilleure version » de nous-mêmes que vendent les magazines féminins ou les comptes Instagram des influenceuses fitness-bien être.

Je suis lassée d’avoir dû faire le tri dans les réseaux sociaux après avoir tenté la première semaine de confinement d’esquiver les recettes pour faire le meilleur pain, les injonctions à lire Proust et Tolkien et les conseils pour sculpter mes abdos.
Sans fard, j’ai passé deux mois très éprouvants, physiquement mais surtout mentalement. Il y a des jours, plus souvent des soirées où j’avais l’impression de perdre pied, à la limite de m’effondrer en larmes. Il y a des nuits où je n’ai pas dormi, où j’ai angoissé sur mon avenir et repensé à l’année 2019 si difficile. La méditation et le coloriage m’ont occupé quelques jours, Animal Crossing m’a diverti au début, puis j’ai abandonné tout ça, comme l’idée de finir Youtube, Netflix et les milliers de podcasts d’histoire et de true crime.
Après des jours (des semaines) sans arriver à me concentrer sur une seule ligne d’un seul livre, j’ai fini par ouvrir un roman policier qui prenait la poussière depuis mon déménagement. Page après page, les mots m’ont fait oublié l’épuisement mental qui pesait depuis la mi-mars. Au détour d’un paragraphe, j’ai trouvé surtout quelque chose qui m’a parlé. J’ai corné la page (jugez-moi) et j’ai continué à lire. Plus j’avançais dans le roman, plus je repensais à ces mots. Les jours suivants, j’ai ré-ouvert le livre à la page en question et j’ai lu le long paragraphe à voix haute. Après des mois à évincer le sujet, à balayer d’un sourire toute amorce d’un « comment tu te sens », j’ai compris que j’avais trouvé ce dont j’avais besoin.


« Bien qu’il fût habitué à voir les pires atrocités, Brolin n’en détestait pas moins cela. Il savait qu’après trente ans de carrière, il continuerait d’être mal à l’aise en présence d’un cadavre, tout comme ses collègues. Il n’y a guère que dans les films qu’on entend les vieux briscard de la police ne pas s’émouvoir à la vue d’un corps mutilé. Le temps et l’expérience permettent de prendre plus facilement du recul mais jamais, au grand jamais, on ne s’habitue à ce genre de vision. Ne serait-ce que parce que chaque être humain est différent, et aussi parce que chacun meurt à sa manière, fixé pour toujours par la mort dans l’aspect grotesque que celle-ci donne à nos corps dans cet instant. On a souvent dit que vieillir c’est perdre sa dignité et mourir la retrouver ; c’est probablement vrai mais à condition que quelqu’un passe par là pour remettre le corps dans une attitude un peu plus digne, car la mort a ceci d’étrange qu’elle se plaît à frapper aux instants les plus inattendus ».

(L’Âme du Mal, Maxime Chattam)

Alors à travers ces lignes, j’ai juste compris ce contre quoi j’essayais de lutter depuis des mois. On ne s’habitue jamais à la mort. Il fallait aller de l’avant, même le temps n’enlève pas la peine.

Je vous avais prévenu que ce n’était pas un journal de confinement n’est-ce pas ?
Parce que oui, pendant que certains étaient occupés à inonder les réseaux sociaux d’articles scientifiques (ou le plus souvent de fausses informations) et de memes en tout genre, pendant que d’autres travaillaient et se mettaient en danger pour que la situation puisse se calmer, j’ai juste essayé de faire le deuil de toutes ces choses dont je n’arrivais pas à parler.

J’ai écrit des lettres : depuis des mois, elles encombrent un dossier de mon ordinateur avec des destinataires variables, mais un, en particulier, très récurrent. Et maintenant, oui, ça va mieux. Mais je pense pouvoir arrêter d’écrire ces lettres depuis que j’ai compris qu’il faut laisser la plaie se renfermer doucement jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une fine cicatrice, présente et indélébile.

La deuxième chose dont je me suis rendue compte, une fois que j’ai fermé la télévision et supprimé les abonnements nocifs sur Instagram, c’est que rester chez soi, c’est aussi échanger avec ceux qui nous entourent. Ceux qui sont loin, moins loin, ceux avec qui on est confinés, ceux avec qui on rigole sur Discord ou par téléphone, ceux dont les messages nous font sourire dès le réveil ou avant le coucher.
S’il fallait décerner un trophée à quelque chose, c’est bien à l’amitié et à l’amour. Alors oui, cela peut paraître extrêmement niais mais les autres, proches ou moins proches, sont importants. Un message ou un appel de la part de quelqu’un qui prend de tes nouvelles ou de quelqu’un qui reprend contact avec toi. Ces simples attentions qui nous paraissaient assez banales dans ce qu’on peut appeler « la vie d’avant » sont devenues essentielles à notre santé mentale. La mienne en tout cas.


Vous voulez que je vous dise ?
Mes pensées éparses me font juste dire que le confinement, ça peut se résumer à du soutien et de l’amour à l’infini, de doux messages reçus et envoyés, de belles pensées partagées, des rires au téléphone, des pleurs aussi, des remises en question (et aussi des prises de tête dont on se serait bien passé), des moments juste à se recentrer, l’importance des amis, de la famille et de l’amoureux.
Prendre le temps d’envoyer des messages pour prendre des nouvelles, prendre le temps de lire les réponses, partager des choses douces parce qu’on est tous stressés et angoissés, parce que demain ne sera jamais plus pareil qu’hier et c’est à la fois merveilleux et terrible.

Alors, simplement merci à vous, merci à eux. Ça serait dommage d’oublier de dire aux gens que vous les aimez (juste pour ne pas avoir de regrets ou vous dire que vous « auriez dû », vous « auriez pu ») : parfois, ils ne sont plus là du jour au lendemain et on ne peut pas vivre éternellement avec cette culpabilité de ne pas avoir vu les choses venir.

J’espère que vous allez bien.
Les livres de la pile à lire qui descendent pas, les gâteaux que vous avez cuisiné et mangé, en fait on s’en fout.

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