« On n’en parle pas (assez) ». C’est clairement le genre de remarques que j’ai le plus entendu lorsque j’ai commencé à aborder le sujet.

A un moment de ta vie, tu viens de finir tes études : rendre un mémoire de master, soutenir une thèse et te voilà à devoir chercher un emploi. En général, la procédure habituelle passe par la mise à jour de ton CV, l’inscription (ou l’actualisation) de ton profil Linkedin, avec le choix d’une photographie adéquate (clairement pas celle de ton profil Facebook et encore moins ta bio Tinder). Une inscription à Pôle Emploi plus tard, bienvenue dans le monde merveilleux de la recherche d’emploi. Bien sûr, une légende urbaine parle de ceux et celles qui ont trouvé en fin d’études, que l’on est venu chercher, ceux qui connaissent les « bonnes personnes », ceux qui ont fait des études « dans les secteurs porteurs, les secteurs qui recrutent,… ».

Alors là, tu vois, je vais te parler de ce que je connais le mieux : les sciences humaines. En quelques clics, tu as téléchargé les pièces justificatives sur ton espace personnel de Pôle Emploi, te voilà désormais considéré dans notre société comme un « demandeur d’emploi » et non plus comme un étudiant.

La recherche d’un emploi fait souvent penser à une phase de séduction. Ton meilleur profil, c’est cette lettre de motivation dans laquelle tu te vantes de savoir faire le meilleur des cafés, la meilleure des sauces pour les pâtes, cette lettre qui va te permettre de te « démarquer » de la concurrence. « Embauchez-moi ».

Les différentes phases de la recherche d’un travail, déformation d’une personne qui joue (un peu beaucoup) aux jeux vidéos et aux jeux de rôle, je ne peux pas m’empêcher de les comparer aux niveaux d’un donjon. Oui, la recherche d’emploi c’est comme faire un marathon dans un Die&Retry.

Le boss final, c’est de réussir à aller jusqu’à l’entretien, le dernier entretien qui te permettra d’accéder au « trésor », la licorne, le contrat qui ne te reste plus qu’à signer. Honnêtement je n’y suis pas encore arrivée : pour plusieurs raisons, notamment le fait que j’ai recentré mon zone de recherche d’un travail sur le Sud-Est de la France. Certains m’ont demandé d’ailleurs pourquoi : je ne vais pas vous mentir, je préfère privilégier ma santé mentale et le fait d’être proche de mon amoureux et de ma famille compte énormément pour moi. Il ne devrait pas y avoir de honte à dire que l’on veut être près de ceux que l’on aime (et qui nous le rendent bien) et que notre corps nous en remercie.

Comme le titre même de l’article, c’est de vous parler de comment gérer sa santé mentale quand tu ne reçois que des réponses négatives/pas de réponses/des propositions pour des stages, services civiques, temps partiel ou travail en free-lance…autant vous dire comment je « gère ».

Encore une fois, ce n’est que mon ressenti et ma petite routine. Feel free pour avoir la vôtre, pour me dire quelles sont vos astuces, vos conseils, après tout, autant se serrer les coudes.

Je me suis obligée à avoir une petite discipline, me lever le matin pas trop tard pour avoir le temps de prendre un petit-déjeuner déjà. Clairement, quand j’étais en dépression, il était totalement impossible pour moi de sortir un orteil de mon lit : je dormais le jour, je buvais du café la nuit, je regardais des streams et je jouais aux jeux vidéos. Mon cerveau était simplement rythmé par un encéphalogramme plat, juste survivre et attendre que revienne un semblant d’énergie. Là, ça va mieux. Le fait d’être dans un environnement « doudou » (sous-entendu l’environnement familial et ma chambre d’ado), ça m’aide. Je passe une partie de la matinée en général à écumer les sites de recherche d’emploi de la culture, à envoyer des candidatures, le combo Lettre de motivation + CV, en essayant de personnaliser ma lettre de motivation selon le poste (*mais ça je vous en parlerai après), avec de la musique douce en fond sonore. En général l’après-midi, j’ai souvent des séances de kiné/ostéo où je vais à pied, histoire de faire un peu de sport. S’il y a bien quelque chose que j’avais négligé avant de rentrer dans le Sud, c’est bien ma santé physique : depuis l’été dernier, j’ai découvert que ma prise de poids et les mauvais mouvements n’avaient pas aidé la cambrure de mon dos et l’état de mes cervicales. Si je n’ai pas de séance de kiné/ostéo, je vois souvent mes amis ou mon copain, soit pour se balader, soit pour discuter et rester avec des chats.

Oui, je pense que l’un des meilleurs anti-dépresseurs que j’ai découvert c’est la présence d’un chat. Pour être sujette aux crises d’angoisse qui frappent sans prévenir pour des raisons plus ou moins rationnelles, les animaux sont clairement des petits êtres qui ressentent ma tristesse ou ma fatigue et m’en occuper m’apaise énormément.

Cette routine finalement m’aide à tenir.

Mais oui, je doute. Pour revenir à la recherche même d’emploi, la personnalisation de la lettre de motivation est ce qui me paraît le plus dur : souvent on ne se sent pas légitime à tel ou tel poste, donc on essaye de valoriser nos compétences, scolaires ou non, pour que ça « rentre dans la bonne case ». Je doute quand on me parle du fait que je ne suis pas confirmée, que je n’ai pas d’expériences professionnelles malgré les stages faits tous les étés. Je doute quand on me parle du manque de cohérence de mon parcours. Je doute quand les copains trouvent un boulot et que l’on ne me rappelle pas. J’ai arrêté de compter combien de candidatures j’ai envoyé, en réponse à une annonce ou de façon spontanée.

On m’a parlé d’une moyenne de 6 mois pour trouver du travail. On m’a dit que c’était normal d’avoir du mal à trouver.

J’en viens également à douter sur le fait de ne pas se « réorienter », au bout de combien de temps est-ce légitime de vouloir faire autre chose ?

Comment arriver à gérer un état mental qui passe de la tristesse, celle de ne pas avoir de réponse positive, à la colère, parce que ces études ne nous donnent pas un emploi dès qu’elles sont finies ?

Petit exemple également que je voulais développer : dernièrement j’ai passé des entretiens. Vous avez d’ailleurs pu suivre mon enthousiasme sur les réseaux sociaux. Un entretien pour un travail qui se rapproche de ce qui me plaît, qui correspond « au mieux » avec mes études. J’étais très motivée, j’avais sorti ma plus jolie tenue (même si je suis plus à l’aise en Doc Martens et en perfecto, sorry). L’entretien tombait un jour de grève, forcément les étoiles ne pouvaient pas être toutes alignées, mais j’ai réussi à trouver un train et à passer la journée sur place pour être sûre d’être à l’heure, même en avance. « Ça ne s’est pas passé comme j’avais imaginé », c’est exactement ce que j’ai dit à mon copain en sortant de l’entretien.

Car on s’imagine être confronté à telle ou telle question, on se prépare, on se compose un masque de politesse et de charisme. Même si ce masque reste, ce n’est jamais agréable de se faire rabaisser alors qu’on est motivée pour travailler. Certains m’ont même dit que le fait que je sois une femme a sûrement joué en ma défaveur, les autres candidats, aux dires du recruteur, étant des hommes. Bon.

Le prix même du salaire proposé est également source de bien d’interrogations. Faut-il négocier? Suis-je en mesure de demander plus, ne serait-ce que pour les transports (pour le train ou la voiture) ?

Plusieurs équipes s’opposent : ceux qui te disent d’accepter, parce qu’il faut bien commencer à mettre un pied dans le marché du travail, et ceux qui te conseillent de négocier ou d’attendre d’avoir une meilleure offre. Pour avoir touché au plus près le monde des start-up et du travail, bien qu’étant seulement stagiaire, et pour avoir beaucoup posé de questions à mon entourage, j’ai donc désormais quelques conseils pour ce qui concerne le fait de travailler dans le privé :

  • Demander à avoir un contrat rédigé, avoir la possibilité de l’emporter chez soi et de le lire à tête reposée avant de le signer : il vaut mieux commencer par un CDD de 6 mois plutôt que d’accepter un CDI directement
  • Ne pas hésiter à demander un salaire équivalent à ce qui se fait dans les autres boîtes du même type : se renseigner beaucoup, partout donc (chercher le nom de l’entreprise, connaître son modèle économique, laisser trainer ses oreilles également : lorsqu’on vous annonce que la personne dont vous allez récupérer le poste est partie car « ça ne se passait pas bien du tout, mais qu’en général ça se passe bien », il vaut mieux se renseigner, le fameux « red flag » de la future relation employeur-employé).
  • Ne pas hésiter à demander des conseils à ceux qui ont déjà passé des entretiens et trouvé un boulot (CDD ou CDI)
  • Se renseigner sur ce que signifie un temps partiel ou un travail de free-lance pour ne pas se « brader » (tout travail mérite salaire, oui, oui c’est évident, mais autant le rappeler)
  • Ne pas hésiter à poser plein de questions à l’entretien : il arrive parfois que l’annonce évoque un CDI à 2500 euros par mois mais que dans les faits, l’employeur n’hésite pas à vous proposer moins voire un travail de free-lance.

Et histoire de garder le moral, un petit lien vers une web-série (que m’a conseillé une amie) sur la recherche d’un premier emploi pour les jeunes diplômés.

(Image de l’article : La Mélancolie, vers 1620, Domenico Fetti, Musée du Louvre)

3 commentaires sur « Santé mentale & recherche d’emploi »

  1. C’est assez dur, la recherche d’emploi, entre moments d’espoir et autres de découragement !
    Je trouve que tu as 100% raison de ne pas négocier le fait que tu veuilles être près de tes proches. Je n’arrive pas à comprendre que tout le monde soit méga jugeant quand on dit qu’on ne cherche pas au-delà d’une telle zone pour cette raison.
    Courage !!

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  2. Je suis justement en train de construire mon premier blog WordPress sur l’insertion professionnelle et les innovations dans ce domaine. Cet article tombe à pic ; il montre ton expérience en recherche d’emploi et les difficultés qui y sont liées. Surtout et essentiellement au niveau psychologique car beaucoup de choses se jouent là. Et ce n’est pas rien.
    Je pense qu’il est difficile de tenir un choix personnel face au système qui parfois nous écrase. Le système administratif mais aussi parfois, sans le vouloir, l’entourage et les connaissances qui distillent leurs opinions au compte goutte sur « ce qu’il serait bon de faire ».
    Depuis la rédaction de ton article, y a-t-il du nouveau?
    Bon courage!

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