Et c’est le retour des billets d’humeur car, cela n’a pas dû vous échapper, lundi, c’était la journée de l’hypersensibilité. Une journée somme toute banale a priori, mais pour moi, l’hypersensibilité c’est absolument tous les jours. Pas plus hier que demain, mais chaque fichue journée de la vie, du lever au coucher.

Cette boule d’angoisse quand tu ne reçois pas de réponse au message que tu considères comme si important, la boule d’angoisse, toujours elle, quand tu dois passer un coup de fil pour un rendez-vous médical ou quand on t’appelle pour fixer un entretien car la vie d’adulte, c’est aussi « ça », parait-il.

Certains posts Instagram énumèrent les traits de caractère des personnes hypersensibles et il faut reconnaître que c’est assez juste : la créativité, l’angoisse, le besoin d’être apprécié par les autres (nos proches, mais aussi de simples connaissances), la vulnérabilité ou le manque de confiance en soi. Même si je déteste le fait de lister les choses comme s’il fallait en cocher le maximum pour se sentir légitime. Légitime à quoi d’ailleurs ? On a tous le droit d’être sensible : le monde n’est pas facile, les mauvaises nouvelles nous tombent souvent sur la gueule sans qu’on ait le temps d’enchaîner une inspiration et une expiration. En général, elles arrivent plutôt par téléphone, sans crier gare, alors que tu te dis que cette journée a vraiment bien commencé.

L’hypersensibilité, pour toi c’est quoi ?

Pour moi, c’est avant tout éviter d’éclater en sanglots face aux situations anxiogènes ou face aux remarques qui nous paraissent blessantes de la part de gens que l’on apprécie. C’est être aussi parfois noyé par l’empathie, avec la difficulté d’expliquer aux personnes rationnelles que l’on a besoin de mettre de la distance avec eux parce que l’on est une « éponge à émotions », positives ou négatives.

On trouve tous des astuces pour être moins hypersensible, s’entourer de bonnes personnes et dire adieu aux personnes toxiques, acheter un casque anti-bruit pour sortir dans le vaste monde bruyant et pollué (non, promis, je ne t’encourage pas à quitter Paris pour la mer et le soleil) et aussi créer. Broder un petit motif sur un t-shirt, faire de la musique ou du chant, écrire un texte de fiction, faire des coloriages, tenir un bullet journal…J’avais déjà parlé de combien l’écriture m’aide et c’est vraiment le meilleur des traitements pour mon hypersensibilité. J’écris et j’imagine un univers nouveau, fictionnel, tout en mettant à plat les idées qui tournent en boucle dans ma tête.

« Ce n’est pas grave, tu n’es pas faible ». J’aimerai pouvoir dire ça à l’adolescente que j’ai été et à laquelle j’ai été confrontée pas plus tard que la semaine dernière.

Car depuis quelques semaines, je suis rentrée dans le Sud-Est de la France avec mon copain chez nos familles respectives, un déménagement qui va durer, quelques semaines ou quelques mois alors en attendant, je fais beaucoup de choses. Chercher un travail, écouter de la musique, prendre des photos, monter mon projet de chaîne Youtube/podcast sur l’histoire de l’art, écrire des histoires et jouer aux jeux vidéos (j’y inclus aussi bien le Witcher que les Sims sans aucune honte, n’en déplaise aux g@m3urs).

Ma vie, c’est le flou ab-so-lu. La plupart des copains sont à Paris, ceux qui sont dans le Sud travaillent quasiment tous alors je m’occupe. J’occupe mon esprit car il mouline en boucle sur l’impossibilité de prévoir où et quand l’on pourra s’installer à deux, vraiment.

Rentrer dans la maison de mon enfance, c’est aussi l’occasion de faire du RANGEMENT. Version Marie Kondo, « ce qui m’apporte de la joie ». J’ai donc réalisé que j’ai suffisamment de livres pour construire une cabane, alimenter des autodafés ou créer des barricades en cas de fin du monde et de révolution. Enfin, j’ai surtout pris conscience qu’il me faudrait plusieurs vies pour arriver à lire tout ce qui se trouve dans les bibliothèques et les dizaines de cartons (où se trouve TOUT ce qui n’a pas pu rentrer sur les étagères). Je vous ai raconté qu’un jour j’ai acheté 70 cartons de livres à une vente aux enchères ? Ça donne donc un petit aperçu de mon amour pour les livres.

Garder idéalement moins de 30 livres ? Je ne crois pas non.

Où je veux en venir ? Wait for it, ça vient.

J’ai donc commencé consciencieusement par ranger les livres que j’ai acheté à Paris et ramené avec amour dans ma valise, les vêtements ont trouvé leur place dans les armoires,…tout comme ce qui s’accumule depuis des années parce je suis une habituée du « promis, je vais le faire » (quand je débarque aux vacances) qui se transforme en « finalement j’ai pas le temps cette fois-ci, je le ferai la prochaine fois ».

Rare image d’un nettoyage de chambre qui a l’air d’être un vrai bonheur

Une fois que tout a été rangé, nettoyé, épousseté, que j’ai fait des piles de choses à vendre ou donner, il ne me restait qu’une chose à débusquer. Les fameux journaux intimes de mes années collège et lycée.

Pour remettre en contexte, il faut savoir qu’à l’époque (on est à peu près dans les années 2002 et suivantes…) j’écrivais déjà beaucoup, j’étais insomniaque et j’avais un petit chat noir. J’étais aussi une grande amatrice du Journal d’une princesse de Meg Cabot et du Journal intime de Georgia Nicolson de Louise Rennison, les deux séries de livres écrites à peu près dans ces mêmes années. Les deux parlent d’une ado, mal dans sa peau, ayant un chat et à qui ils arrivent plein d’aventures plus ou moins drôles et insolites. Ce qui m’a donc pas mal inspiré au début pour me trouver un style, je l’avoue.

Au début, j’ai donc trouvé ça très drôle de retomber sur ces carnets (en l’occurence des agendas reconvertis en journaux ou des carnets Moleskine). Je me suis trouvé aussi très motivée et consciencieuse à l’époque puisque je notais le jour précis où j’écrivais, la date, le mois et l’année, parfois même l’heure.

J’ai aussi pas mal galéré à retrouver l’ordre dans lequel je les avais écrits car mon écriture de l’époque était vraiment vraiment…catastrophique, soit trop ronde, soit trop italique.

Une fois la pile de carnets dans l’ordre, devant moi, accompagné d’un café nécessaire au travail épigraphique qui m’attendait, je me suis mise à la lecture. La vraie lecture. Plusieurs fois, j’ai voulu les refermer, les remettre là où je les avais trouvés, sous l’armoire, dans un vieux sac plastique à côté des tote-bag Sephora.

Mais surtout, j’aurai voulu serrer dans mes bras l’ado que j’ai été et pour PLEIN de raisons. J’ai aussi été pas mal en colère. Alors bien sûr, à 15 ans, tout semble dramatique : les querelles entre copains, les remarques désagréables que je me prenais en face ou sur internet (oui, déjà) des autres, vous savez, « populaires » ou encore les remarques de profs. Mais waouh, les gens étaient extrêmement méchants, même en relisant ça une dizaine d’années plus tard. J’ai trouvé quelques pépites dans toutes ces années d’écriture, la petite remarque d’une amie de l’époque qui ne comprenait pas qu’untel veuille sortir avec moi, une autre qui faisait des remarques sur mon poids en me balançant que je serai « beaucoup plus jolie avec quelques kilos en moins ». Au collège apparemment les élèves (garçons en fait) de ma classe s’étaient amusés à faire un classement des filles, en leur donnant une note sur le physique et sur la gentillesse. On est clairement sur du bon « men are trash », 15 ans ou pas.

Spoiler alert: j’ai retrouvé des photos de moi adolescente et j’étais loin mais alors super loin du surpoids, j’étais extrêmement mince en fait. Il faut vraiment qu’on m’explique ce qui peut motiver des gamins à être aussi méchants entre eux…

Comment vous voulez qu’en tant qu’hypersensibles on arrive à supporter ce monde agressif ? A 15 ans ça faisait mal, adulte ça fait toujours mal. L’hypersensibilité, celle que j’avais à 15 ans, elle ne disparaît pas : tu apprends à « vivre avec », comme avec ce trou noir qui s’ouvre sous tes pieds quand tu fais une crise d’angoisse. J’aimerai juste pouvoir chuchoter à celle que j’étais à l’époque que j’allais simplement rencontrer les bonnes personnes, les personnes qui nous tirent vers le haut et qui nous inspirent.

Car tout n’est pas à jeter dans ces carnets, j’écrivais aussi sur ces gens merveilleux que j’ai rencontré, surtout en 3ème où a débarqué ma meilleure amie (celle qui l’est encore aujourd’hui).

J’ai redécouvert des anecdotes en tout genre : des histoires d’amour, des ruptures, des premières fois, le premier baiser ou le premier copain, les interrogations sur être amoureux et être aimée, la peur de ne pas plaire. C’est à la fois drôle et triste de voir des prénoms surgir dont j’avais complètement oublié l’existence.

Là, j’ai refermé les carnets, je les ai rangé dans un coin de la chambre, sans vraiment savoir quoi en faire. Je me demande simplement si j’ose recontacter mes ancien.ne.s ami.e.s en leur demandant ce qu’ils deviennent, parce que ça m’intrigue quand même un peu.

Et toi, tu portes quel regard sur ton adolescence ?

Si jamais tu veux en savoir plus sur l’hypersensibilité, je te renvoie vers les mots très justes de deux personnes fabuleuses et inspirantes : le blog Raton Reveur, notamment pour cet article sur l’hypersensibilité et la chaîne Youtube d’Amadrya (il y a plusieurs vidéos sur le sujet, du coup je te joins le lien vers l’une d’entre elles et je t’invite à aller voir le reste de sa chaîne).

Belle journée à toi !

(Illustration de l’article : par Jean Mallard)

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