Chère Paris,

Ça y est, toi et moi, c’est destiné à devenir de l’histoire ancienne. La connaissance que l’on vient visiter de temps en temps mais avec qui l’on reste difficilement plus de quelques jours sans être excédée ou exténuée. Bientôt 8 ans que je te côtoie : le matin, la journée, le soir. Rentrer au petit matin de soirée, avec la tête qui tourne et les yeux brillants, admirer la Seine, apprécier la ville qui s’éveille et qui s’allume. Ça, c’était avant.

En partant une année à Rome, voir si « l’herbe était vraiment plus verte ailleurs » en fait, je me suis rendue compte que ce n’était pas toi qui me manquais mais ma vie sociale et j’ai assez rapidement comblé ce manque en passant du temps sur Twitch, Discord et les jeux vidéos.

J’ai rêvé de vivre en tes murs et d’y étudier l’histoire de l’art. J’ai d’ailleurs orienté toutes mes études et tous mes choix (jusqu’à présent) après le bac en ce sens.

Je m’en excuse presque, mais tu as fait ton temps. Je ne peux m’empêcher de rentrer avec une joie non dissimulée dans le Sud de la France là où les journées commencent avec autre chose que la grisaille, la pluie et les transports dans lesquels j’étouffe. Je ne suis pourtant pas déçue de ce que tu m’as apporté : des amitiés, des belles rencontres, des soirées enrichissantes, des visites de musées, de lieux chargés d’histoire et d’expositions inoubliables. J’ai appris beaucoup, j’ai pris beaucoup de photos. Et clairement, j’ai pu devenir celle que je suis maintenant en vivant aussi loin de mes proches et en apprenant à gérer ces choses « d’adulte » (le pratico-pratique).

Là tu vois, je n’ai plus la même énergie qu’à 20 ans, j’en suis consciente : je tombe malade souvent, hiver comme été confondus. Oui, j’ai aussi naïvement découvert que l’on pouvait faire des carences en soleil. Prendre le métro, supporter un épuisement constant, vaincre mes angoisses pour simplement mettre un pied dehors et faire quelques courses, affronter la pollution et le temps pluvieux. C’est désormais trop. Les odeurs et les bruits, je ne les supporte plus. Le ras-de-bol est physique et mental.

Presque religieusement, je commence donc à doucement faire mes adieux aux lieux qui me tiennent à coeur et à voir les amis qui restent à Paris pour les études ou le travail. Une dernière visite au musée du Louvre, un dernier regard sur Notre-Dame. J’ai commencé à faire les cartons (essentiellement des livres, beaucoup de livres et ce n’est guère surprenant) et à régler la paperasse administrative qu’engendre tout départ. Pour une durée indéterminée.

Je suis soulagée. Et pourtant, je suis consciente que je serai peut-être amenée à revenir vers toi, Paris. Mais pour l’instant, c’est ma santé ou toi.

On prend tous des décisions, plus ou moins importantes, certaines que l’on regrettera sûrement, mais celle-ci me fait un bien incroyable. J’ai appris beaucoup de choses sur celle que je suis, sur les limites que je peux accepter dans le monde du travail ou dans les relations, amicales ou amoureuses.

Oui, j’ai fait des listes avant de partir, avec des « pour » et des « contre » : « si tu as plus de lignes dans la colonne des ‘pour’, c’est qu’il est temps pour toi de partir ». J’ai saoulé mon entourage avec mes questionnements (partir, rester, attendre, mais attendre quoi?). Je suis descendue dans le Sud en ‘reconnaissance’ pour voir si j’étais capable d’y revivre. J’ai refait des listes, j’ai re-consulté mes amis, ceux qui sont revenus dans le Sud, ceux qui ont mis un océan entre eux et la France, ceux qui sont restés à Paris à contre-coeur (ou parce qu’ils n’ont pas le choix). J’ai vraiment, sincèrement hésité. Est-ce que j’étais prête à mettre de la distance physique entre l’émulation militante, intellectuelle, culturelle et moi ? Est-ce que j’étais prête à retourner dans une ville où j’ai vécu 20 ans ? Est-ce que je faisais une erreur ?

J’ai compris ce que je ne pouvais plus tolérer et j’ai appris à le dire alors que lorsque je suis arrivée à 20 ans, je n’avais pas du tout la même façon de voir le monde.

J’ai ouvert les yeux sur beaucoup de choses, grâce à toi. J’ai appris à mieux regarder autour de moi, à trouver les personnes qui m’inspiraient et les idées qui me donnaient envie d’écrire et de créer. Maintenant, j’ai surtout besoin de me recentrer sur ma vie d’adulte, celle qui travaille, qui tient sur ses deux jambes et qui passe plus souvent ses soirées à regarder des séries qu’à boire des verres à Châtelet, Saint-Michel et au canal Saint-Martin.

Sans surprise, la possibilité de pouvoir aller traîner mes pattes à Gibert, Rive gauche va me manquer.

Mais c’est surtout, vous, mes amis qui allaient me manquer le plus, même si je sais que la distance n’a rien à voir avec l’amitié : une grande partie de mes amis les plus proches ne sont pas à Paris, mais dans d’autres villes ou dans d’autres pays (ils se reconnaitront sans hésiter…). Et pour les autres amis qui sont encore à Paris, vous savez que vous êtes les bienvenus dans mon nouveau chez-moi ensoleillé.

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