J’ai recommencé plusieurs fois à écrire le titre de l’article et à chercher les mots les plus justes tout en m’obligeant à rester complètement honnête. (Okay, j’ai même fait un sondage sur Instagram tellement j’avais l’impression d’être devenue une version trop critique et exigeante de moi-même).

Je pensais au départ écrire cet article pour une personne en particulier, qui n’est même plus là pour le lire, en me disant que ça me soulagerait d’un poids. Mais La Mort tu vois, je la connais, on est même devenues copines avec le temps, et dix ans plus tard, elle ne me fait plus vraiment peur. J’ai ensuite pensé écrire pour celui que j’ai considéré comme un Ami mais dont j’ai entretenu le souvenir de notre amitié un peu trop longtemps. Mais je n’allais pas lui faire l’honneur d’écrire sur lui, j’ai dépensé trop d’énergie pour réussir à l’oublier.
Bilan de la situation : je crois qu’il est grand temps de passer à autre chose et de virer les gens qui me tirent plus vers le bas qu’autre chose. Je suis saoulée par ceux qui ne t’appellent que lorsque ça ne va pas, ceux qui t’oublient dès qu’ils se mettent en couple et ne se rappellent même plus de ta date d’anniversaire, ceux qui te jugent dans tout ce que tu fais (« tu comprends, je dis ça pour toi parce que je tiens à toi »), ceux qui remettent en question tes choix de vie ou ton absence de choix (parce que non, désolée, je suis pas H24 efficace et des fois, j’aime bien dormir et ne rien faire d’autre), ceux aussi qui croient que ta santé mentale est juste un alibi alors que oui, tu mets parfois 3 jours à te remettre d’une soirée où tu n’avais même pas bu mais où tu t’es sociabilisée pour les 3 années à venir. Ma santé mentale est mon problème, mind your own business. Et ce que je fais de mes relations, tu sais quoi, ça ne te regarde pas. Entre ceux qui minimisaient mes crises d’angoisse ou ceux qui m’accusaient de vouloir faire mon intéressante, je crois que j’ai arrêté de compter les amitiés toxiques. En même temps, je ne peux pas forcément m’en vouloir : j’ai mis du temps à comprendre que le fameux « il vaut mieux être seul que mal accompagné » marchait autant en amour qu’en amitié, comme j’ai mis du temps à arrêter d’avoir besoin de l’aval de mes soi-disant amis pour vivre ma meilleure vie.

Ce qui me révolte le plus je crois, ce sont ceux qui ne te croient pas sur certains sujets ou qui te demandent, en prenant le ton le plus innocent du monde (non), ce que ça veut dire pour toi d’être féministe. Ta réponse, ils l’attendent pour t’expliquer combien tu as tord d’être comme ça, que tu es fermée d’esprit en fait, que tu n’aimes pas les hommes ou que tu n’es juste pas tombée sur les bons : eux ils sont là heureusement pour te montrer combien ils sont forts, beaux, intelligents et que tu arrêteras du jour au lendemain d’être misandre.
« Tu comprends, on ne peut plus draguer comme on veut dans la rue, toutes ces filles qui vont d’un point A à un point B alors qu’elles sont jolies et qu’on aimerait bien leur parler ».
« Les applications de rencontre, ce n’est que pour les femmes, elles nous jugent d’un regard et elles swipent à gauche ».
« Les filles c’est compliqué, c’est caractériel ». « Les poils c’est sale, les cheveux courts ça fait masculin »
« Fémi-nazi, fémi-nazghul », et j’en passe.
Oui, je suis fatiguée de toi, là, le mec cis-hét’ qui se voit comme une victime de ces pauvres féministes énervées, enragées, qui ne s’épilent même plus, et qui s’en battent les ovaires de toi. Je suis fatiguée de toi, le mec cis-hét’ qui ne comprend pas pourquoi il ne peut pas se dire lui aussi féministe alors qu’il fait la vaisselle et les courses et qu’il laisse sa copine travailler. Je suis fatiguée de ceux qui sexualisent une fille tatouée, qui porte une jupe ou un short (alors qu’il fait 40°, laissez-moi m’aérer les jambes). Lisez Virginie Despentes, lisez des livres, écoutez les femmes parler, laissez-leur le temps de parole pour qu’elles puissent exprimer leurs idées, respectez-les un minimum et okay, on pourra s’entendre. Arrêtez de décrédibiliser la parole des femmes, le fameux « elle l’a bien cherché », « tu as vu comment tu es habillée, avec cette robe, ces talons, tu me provoques ». Ces paroles je les ai entendus de la part de certains qui se disaient mes amis, et pas uniquement lorsque je suis sortie dans l’espace public. J’ai entendu ceux qui se disaient mes amis décrédibiliser mon témoignage, ne pas prendre en compte ma parole de victime. Alors, zut, eux aussi ils dégagent.

Et ce que je vais rajouter ne va sûrement pas faire de moi une « bonne féministe » (d’ailleurs, est-ce qu’il en existe une bonne ? Sur quels critères se fondent-on ? Même en 4h, personne n’arriverait à se mettre d’accord) mais je suis aussi fatiguée de toutes ces filles qui ne se serrent pas les coudes : la sororité, j’aimerai la voir quand on parle d’agression ou de harcèlement, j’aimerai qu’elle soit là chaque fois que je dis être fatiguée de devoir faire attention à comment je m’habille pour rentrer de soirée, chaque fois que j’explique que j’ai dû changer de rame de métro parce qu’il y avait un mec louche ou chaque fois que j’ai fait croire que j’étais au téléphone pour qu’on ne vienne pas m’emmerder dans la rue. Les filles, entraidez-vous, devenez des modèles les unes pour les autres. Heureusement, pour ça, j’ai l’impression d’avoir de la chance : mes amies, des personnes fabuleuses qui s’assument, qui sont brillantes dans ce qu’elles entreprennent, que tu ne peux qu’admirer, sans une once de jalousie.
« Girls supporting girls », si même les marques de fast fashion nous balancent leur slogan à la figure sur les t-shirts et les pulls, alors au bout d’un moment, ça devrait rentrer dans la tête non ?
Je pense que j’avais peur de tirer un trait sur toutes ces personnes que je considérais comme des amis, au nom de l’ancienneté de notre amitié (après tout, on a grandi ensemble). Mais je me trompais complètement : on change forcément avec les années et ce qu’on vit comme expériences, on évolue tous différemment et la meilleure version de nous-même n’est pas du goût de tous. Aucun de nous n’est parfait, il y a juste des amitiés qui s’arrêtent, d’autres qui commencent. J’ai mis parfois des mois ou même une année à me dire que ça ne servait à rien d’inviter telle personne à une soirée ou un anniversaire, de prendre des nouvelles ou d’attendre une réponse. Je me suis demandée si le souci ne venait pas de moi, si je n’avais pas été « à la hauteur de notre amitié ». Puis après je me suis rendue que l’amitié ce n’est pas envoyer des messages tous les jours, l’amitié c’est aussi la joie de parler à sa meilleure amie à l’autre bout du monde une fois de temps en temps et où on se met à jour de tout ce qui nous est arrivé depuis, comme si on n’avait pas passé des semaines sans pouvoir se parler. L’amitié c’est ce pote qui répond au téléphone à deux heures du matin alors que tu fais une crise d’angoisse et que tu ne sais pas comment te calmer, c’est celle qui t’accompagne à l’hôpital parce que tu as peur d’y aller toute seule…L’amitié c’est être heureux pour ton pote ou ta pote qui est en couple et épanoui, c’est le ou la soutenir dans les choix qu’il ou elle fait et lui dire qu’il ou elle va y arriver.
Ça va faire quelques années que j’ai commencé à sortir de ma zone de confort, celle où je me contentais de traîner avec les vieux copains (du lycée ou d’après), alors que ça faisait un moment qu’on n’avait pas forcément de choses à se dire et que je m’ennuyais clairement en soirée. J’ai commencé à rencontrer des personnes de cercles différents, des filles qui jouaient aux jeux vidéos (coucou le meilleur Discord gaming), des amis d’amis, des belles personnes rencontrées à des événements, à des clubs de lecture, à la Pride ou pendant des soirées jeux de société ou de jeux de rôle. Et je regrette pas d’avoir dépassé mon anxiété sociale, la peur d’être jugée, ma timidité pour apprendre à les connaître et à les apprécier.

« (coucou le meilleur Discord gaming) »
Hellow gueurl ❤
J'adore la manière dont tu écris, au fait ! (Et ce dont tu parle, aussi <3)
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J’essayais de trouver mon passage préféré, mais je n’ai pas réussi parce que TOUT cet article est ma partie préférée. Gros cœur sur toi pour avoir écrit un article si personnel mais dans lequel d’autres peuvent se retrouver, et surtout courage et félicitations pour ce tri ! 💕
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